mercredi 18 novembre 2009

Réactez voyons ! Reactissimus !


Assis devant son petit écran, le valeureux blognaute songe, médite, se creuse les entrailles.
Il regarde l’arrière-plan : une gerbe de fleurs, un building, la mer. Il vire sa chaise de bord. Veut absolument du neuf. Qui sait, son voisin, celui de la banlieue voisine, d’un autre pays, le lira-t-il.
Il ne veut pas donner du réchauffé car sait que la planète de son ventre réchauffe tout.
Il se sent minus, exalte, vise le magnus.


Quel verbe utiliser, quel filon qui fera vibrer à coup sûr ? Mais oui, que dalle : imiter le Pape !
Ah ! le Pape a le verbe Très Haut, capable de tenir en haleine des millions de téléspectateurs.
Oui, ce tout petit blognaute veut baiser le sol de l’aéroport de Buenos, de Pékin. Devant cent journalistes, il les charmera tous. Pour les épater, il mélangera latin, portugais, allemand, un peu de grec aussi, citant les Évangiles de mémoire.
« Mais quoi ! Réactez ! Je vous somme de prier à genoux avec ferveur. Oseriez-vous attirer la fureur divine ? Miserere pro nobis. »

Ce Papa improvisé devient écarlate. On sent chez lui le discours d’un ange. Mais quel ange ? Il est fâché, bourru, demande qu’on lèche ses bottines.
Est-il le messager du bon Dieu, du bon Diable ? La foule se disperse, hébétée. Une fois de plus, leurrée par l’habit du moine pontificateur.
Lentement, de sa chaise, le blognaute ouvre les yeux, rayonnant : il a atteint son million de visiteurs, son blog déborde ! Qu’importe qu’il soit seul maintenant… On cogne à la porte : « C’est le temps de payer ton loyer mon garçon. »
· Suite à ce billet, tout commentaire doit être acheminé en latin. Pour ceux ayant besoin d’un interprète, veuillez composer le numéro sans frais 1-800-benoitortvaticanus

Si vous avez envie d'appeler seulement...

dimanche 8 novembre 2009

L’autre omne

Photo: Clo

Mirifique spectacle
de couleurs écarlates
des feuilles sonnant leur glas
dans le zénith de leur trépas


La charrue gratte et ramasse la neige
et en petits tas des blocs de feuilles gelées.
Ainsi sont ces beautés à l’aurore du crépuscule
humaines, nommons-les, ayant les hommes appâtés
maintenant souvenires jaunies
déclassées sur l’étagère
par de vertes pousses du printemps futur


Ainsi tourne la terre
sans jamais revenir en arrière
de plus en plus vieille
qu’on aimerait voir de la lune
terre si belle… qui ne vieillit elle, jamais








samedi 17 octobre 2009

Trouble mer noire mer noire noir trouble mer noire noire noire noire


mer... troublante.
Où sont mes clés ? Où sont mes clés ? Au fond de la mer. Je ne les trouverai jamais avec mes yeux de poisson. C’est vrai, où sont mes lunettes ? À côté de mes clés… Où est la mer, la terre ? J’ai un pied-à-terre à Rio de Janeiro. Je n’ai pas un mais deux pieds à terre. J’ai perdu la carte du Brésil. Je me suis trompé de langue, j’ai appris l’espagnol et quand ils parlent à Rio c’est pour moi du Chinois. Voilà pourquoi je ne trouve ni mon logement, ni mes clés, ni mes lunettes. Cet homme prétend être mon mari. C’est faux. Son visage est labouré de rides. Mon mari, sur la photo, est si beau, et ma robe… ô combien j’en ai eu de compliments. C’était en quelle occasion déjà, aux funérailles de ma mère, ou aux fiançailles de ma fille ? Amères noires olives. Sans noyau s’il vous plaît.

Je crains la noyade. Si je prenais mon courage à deux mains, je plongerais chercher mes clés et partirais tout de go pour Rio. Le vieil homme ne me lâche pas d’une semelle. Il veut mon argent. Quel argent ? Je n’ai pas le sou, je n’ai jamais travaillé, il me fallait prendre soin de lui et de ma fille. C’était une fille ou un garçon ? Des jumeaux peut-être.


C’est bête aussi, avoir laissé échapper ses clés pendant une si belle croisière. Je voulais rentrer à pied, je ne pouvais plus supporter la mer. Nous étions partis depuis deux jours. Le vieux m’a tenu fort dans ses bras. Je l’ai giflé, on ne racole pas ainsi une vieille dame, en public en plus ! Sous prétexte que nos alliances se ressemblent. Quel culot ! J’ai rapporté son signalement au capitaine. Il m’a ramené gentiment à ma chambre. Étrange, le vieux monsieur m’y attendait, lisant une revue du Brésil. Cela m’a calmé. Je lui ai dit que je lui pardonnais. Peut-être louera-t-il un sous-marin pour aller chercher mes clés. Il semble riche, un si imposant paquebot, que pour moi, avec tous ses invités. Cela doit lui coûter cher toute cette nourriture et ces employés.
Sûrement qu’un sous-marin de plus n’est rien pour lui.

J’ai une bonne mémoire. J’avais une bonne mémé. Noire. Elle oubliait tout, servait le déjeuner le soir, se couchait tout habillée, lavait les planchers en pyjama. On s’entendait bien. De qui je parle donc ? Je vois des trous dans mes bas. Je me flatte, suis nues jambes. Je monte mon corsage, mes seins ridés attirent encore les hommes, peut-être. Je veux voir mon mari à tout prix, il est parti depuis des années. Lui il trouverait mes clés et mes lunettes, il faisait de la plongée. Il est peut-être resté au fond de la mer. Il sait où sont les objets perdus. À moins qu’il soit perdu. Je me regarde dans le miroir. Je vois des trous dans ma tête, de tout petits trous. Ma mémoire me joue des tours… j’ai oublié qui je suis. J’avais oublié que je les avais retrouvées.



dimanche 11 octobre 2009

Ne nie pas Nelligan


Gandhi Gant dira-t-on Gants de force ou de faiblesse.
Nelligan se disait sûr du sens des mots, de leur tournure. Parfois, souvent, ainsi me sens, ainsi ressens qu’une phrase ou une pensée n’ont de sens que dans le sens ou je les mis, couchées à jamais sur le papier, paisibles, ne dormant que d’un œil, l’autre ouvert dans l’attente d’être lues, se voulant aux premières loges de qui les déchiffrera.

J’ai vu Nelligan déclamer ses clameries, subir les moqueries de mals entendants à ses courbures rythmiques. Il était sûr de ses choix de mots déboulant en sa tête, boules de feu, boulimie de mots flashés à la chandelle vacillante sous l’effet d’un alcool de feu brûlant son foie. Ah ! Que la neige a nelligané ! Ah ! Que Nelligan était magané, tiraillé par sa tête en déraille, locomotivé par un souffle syllabique en saccades.


Je me souviens de mes alexandrins quand j’avais seize ans. Hubert Aquin en redemandait, en redonnait : mille fois sur le métier mon homme. Ça ne coule pas rond me disais-je, les pentures grincent quand je passe d’une idée à l’aure, les hémistiches étaient parfois ardues à trouver au centre de l’hémisphère… Fallut s’y faire. Ne m’y fis point. Travail de nuit à marteler les mots en forgeron d’une ligne à belle consonance. J’ai lu quelque part, souventes fois, que la poésie faisait la belle et la précieuse, pierre angulaire de la liittérature… en catacombe ou cataclysme, qu’on aimait, qu’on aimera, que vous aimâtes tant s’en faut, avec aromates en sauce, au seul goût du poète souvent seul devant son plat à se manger les lèvres, basculant les virgules au plus haut point, s’exclamant devant une feuille qui tombe…


C’était à l’époque des plumes et encriers. Tu pars aujourd’hui avec rechargeable à l’épaule, gobe trotter, trottant d’un logiciel à l’autre pour vérifier si la mise en scène est de plâtre ou de béton, si le syllabus ne contient pas d’anglicisme même si tu ne parles qu’à peu près pas l’anglais. La langue est si traître, fourchue disaient nos grand’mères. Fourchettue pour mieux croquer la chair du voisin peut-être. Peut-être. J’entends claquer du pied Vigneault qui claque des dents tellement l’eau de sa rivière est froide. Peut-être se met-il des cailloux dans la bouche pour mieux entendre vibrer la chute d’eau dans sa tête. Peut-être. Ou laisse-t-il ses cheveux en broussaille pour qu’y déferle le vent et s’y accroche le pollen pour qu’y viennent danser les abeilles en turlute. Peut-être.


Je vois Mozart sous la table. J’entends Beethoven voir les notes à défaut de les entendre puis les entendre à force de les voir. Je vois Rabelais ventru galopant ventre à terre à la démesure des mots gigantesques : combien haut aurait-il bâti des gratte-ciels ; de combien haut aurait-il ri des gratteux que même les plus riches grattent consciencieusement en cachette au coin de leur table de fast food ou par exception ils n’exigeront pas de reçu d’impôt… Je me vois écrivant dans la nuit, pas assez misérable pour inspirer Hugo, trop jeune pour être historique, trop vieux pour être hystérique, assez consciencieux pour à chaque fois vérifier dans mon Petit Robert tous les y et les h qui doivent ou ne doivent pas être : to be or not to be a y. Peut-être que si je tronquais ma plume contre un plumeau je pourrais aider les ménagères.

Doucement je dépoussiérerais tous les rats coin de l’univers. Beaucoup de rats qui fouinent le foin, l’oseille. On raffole des comédies musicales et des drames… belle coupure du quotidien assommant de la masse assombrie par le train-train d’une vie sans issue. Peau de chagrin. Peu. La vie rapetisse, les espoirs s’amenuisent de voir inventée la crème qui à l’égyptienne garderait à tout le moins beaux les mots figés informes pour la forme sur un cédé sans accroc. C’était à l’époque des plumes et encriers. Tu pars aujourd’hui avec ton portable à l’épaule, gobe trotter, trottant d’un logiciel à l’autre pour vérifier si la mise en scène est de plâtre ou de béton, si le syllabus ne contient pas d’anglicisme même si tu ne parles qu’à peu près pas l’anglais. La langue est si traître, fourchue disaient nos grand’mères. Fourchettue pour mieux croquer la chair du voisin peut-être. Peut-être.

mardi 6 octobre 2009

B,a,l, d,e, v,i,r,g,u,l,e,s


Je suis le Balzac du Québec.Assis sur le bord du quai, bec à l’eau, pensant à ce grand homme qui écrivait la nuit à la lueur de chandelles vacillantes, debout, accoudé à son lutrin, échafaudant la Comédie humaine. La comédie, dans mon cas,c’est que je n’ai qu’une seule admiratrice, une belle et ronde et blanche… ampoule électrique. Elle lit par-dessus mon épaule mais n’applaudit pas car elle péterait et ce n’est pas poli. Ce n’est pas comique, c’est Humaine son nom. C’est ma seule admiratriste, jamais elle ne pleure ni ne rit. Un autre admiratriste accueille mes écrits à bras ouverts : mon tiroir où j’entasse mes feuilles,c’est mon portefeuille littéraire. Pour la Poste héritez.


Les éditeurs m’ignorent, prenant soin d’indiquer qu’ils ne retournent pas les manuscrits, n’ayant pas de Nonpublisacs.Une fois, la directrice d’une maison d’édition a eu la courtoisie de me retourner mes feuilles après avoir pris le temps d’estamper sur chacune d’elle, en rouge gras, en haut à droite :REFUS, en gros. C’était clair, c’était noir, c’était écrit en rouge. J’ai mis le précieux REFUS document dans mon bureau en gros,en souvenir de mes infortunes. J’ai pris une fausse identité. Je ne suis pas Balzac, ni du Québec, ni de Laval, ni de ma niche sur l’avenue de Cherbourg, ni de mon logement au deuxième, ni de mon bureau où je suis assis et non debout dessus une chandelle à la main. Je ne suis qu’une plume. Alors, à -6 C + facteur vent = - 18 C, imaginez mes frissons. Je suis aux antipodes du succès (le suc c’est « ce qu’il y a de plus substantiel ». « Je relisais vos pages… m’appliquais à m’en assimiler tout le suc » (Bouget). Petit Robert .

Je me suc, seul. Peut-être que je ne mets pas assez de suave ou de poivre, ou de caienne, ou de menthe. Je n’ai pas de livre de recette, je concocte, je pense à un mot et les pensées coulent sur ma feuille sans rature, sans bavure, d’un jet. Voilà le secret de ma vie incognita. Jet set, sans l’American express, ni opéra à Paris. Que MP 99 puissance 0.Je suis Pro Zac, le zorro des pros incognito qui comme tant d’autres dans la nuit gribouillent et farfouillent (je n’aurais pas le courage d’aller pondre des graffittis la nuit sur des boîtes aux lettres ou des murs d’école ou des vitres de dentiste : quelle modestie, faire tout cela dans l’anonymat ! Et pourquoi pas (idée prozacienne) après tout, aller écrire quelques lignes dans les alcôves d’arrêts d’autobus « arabesques sur les vitres pétées », sur les murs des bureaux des fonctionnaires pendant qu’ils dorment « la ponctuation sur leurs front, tatoos de quelques vers sur leurs bras », sur les pancartes des grévistes pendant qu’ils dansent devant leur gagne-pain, devant leur grille-pain.






Si j’avais le temps qu’avait Balzac, Zola, Molière, La Fontaine, si je vivais à leur époque où n’existait pas la haute vitesse (allez donc chronométrer la vitesse du déplacement des étoiles, ça prend ce temps que n’ont aujourd’hui que quelques huluberlus prenant leur mesure au laser dans leur sous-sol, les yeux fixés sur leur ampoule



















AH ! fameuse ampoule inspiratrice de tout et de rien , où les gens avaient le temps de se prendre pour d’autres personnages et de vivre d’irréel, ah si… alors peut-être que moi aussi j’écrirais des briques qui ne seraient pas étalées dans ma garde-robe mais seraient étalées dans le jean-jacques ruisseau qu’on traverserait à gué, de la nuit au jour, du banal au platine, la tête devenue lampe électrique pour s’éclairer les yeux, capable de voir la chandelle de son âme (exercice yogi, puissante plongée en soi-même), vacillante mais chaude, avec une plume couchée à son côté : le petit moi de rien du tout aurait alors enfin trouvé sa niche au plus profond de chacun de vous qui me lisez, ou me lirez, quand on m’aura enterré dans la pyramide de mes feuilles qui ne mourront jamais, scellée de mon esprit qui vivra pour toujours.





samedi 3 octobre 2009

À table, les corbeaux!




Charognards en toxédo,
ils s’arrosent de Chanel
pour faire tomber les contrats
sans que sente le nauséabond.

Gabon, Zambie ou Australie,
ils font fie de tout acabit,
prêts à aider si cela paye
ces effeuillées veuves dont
ils ont fait tuer le mari
par leur sophistiqué arsenal
pour eux devenu si banal
qu’ils en font des commerciales expositions
où paradent de hauts dignitaires
accompagnés de charmantes compagnes
ou de, pourquoi pas, charmants mignons.
Se côtoie là, n’est-ce pas,
une pléiade
d’apôtres de la paix infinie,
prêts à se battre jusqu’au sang, des autres,
pour que règne en maître la justice,
trouvant encore efficace la méthode ancestrale
« Si tu me lances une pierre, je te tue! »
Vogue la galère disait-on.
Puis l’avion,
Le sous-marin.
Les olives nucléaires.


L’homme, de pataudes à finaudes mains,
a pris en main le sort de l’Homme.
Pourquoi se casser la tête
à recycler nos déchets :
la lune est si propre,
si proche…
Une petite poussée dans l’apesanteur
et voilà disparues quelques milliards de tonnes
de déchets radio-téléactifs.
Merveilleux homme devenu l’humble homme
qui maintenant fouille
dans ses propres poubelles
pour démêler le papier du plastique,
rincer ses pots de vitre
et, obéissamment, déposer le tout dans le bleu bac de la Ville.

Serait-ce là la perle des découvertes :
que tout terrien trie ses poubelles
et les recycle nike nike.
Pourquoi pas, tant qu’à faire,
les manger, comme les vaches qui régurgitent,
et se garder grasse la panse
pour sans vergogne et à l’aise
continuer frénétiquement la dépense.
Pourquoi pas, nous les gâtés d’Amérique,
se faire envoyer pour une semaine
laver nos jeans griffés
dans les rivières africaines,
goûter la sucée des mouches tsé-tsé
et revenir tout hébétés,
pris d’un nouveau sommeil
différent de la lassitude d’un long feuilleton,
ensommeillés d’une larve invisible
enlevant même la force de lever à bout de bras
une revendicatrice pancarte phosphorescente
pour nos droits bafoués…
Mauvais rêve.

Qui sait, pour tous ceux qui croient aux anges,
ne pas rêver au jour
où en hordes, en masse,



arriveront des armées de corbeaux blancs
à l’appétit vorace, aux griffes acérées.
L’ordre leur a été donné
de dévorer les dévorants,
de déchiqueter les déchiqueteurs
d’écraser les écraseurs
de manger les mangeurs.

Un festin apocalyptique, charognardique
à l’échelle planétaire
où les seules vedettes seront les carnassiers,
où les pleurs seront ceux des ayant fait pleurer,
où les fleurs ne seront pas de mise
car les jugés seront mis en tas
et dévorés
sur place,
ces hommes-dieux, petits et grands,
qui leur vie durant,
avaient mis Dieu au rancart.

Plus de corbeaux en toxédo.
Plus de charognards en taxi noir.
L’aube d’un monde nouveau
pointe à l’horizon.
Aussi doux que la lune.
Aussi éclatant que le soleil.
Aussi sûr que le Donnant naissance à toute chose.
Allez corbyah !

jeudi 24 septembre 2009

Le Rocher piercing



Aujourd’hui, les pauvres font étalage de leur infortune. En cachette, ils vont au bijoutorama, se pâment devant des breloques, se mirent devant des miroirs embués et, se trouvant si beaux, si belles, halètent face à si belles parures qui bientôt seront leurre, sortent de leurs poches un bel argent sonnant âprement gagné à vile besogne, sueurs effacées par ces voilà lueurs de richesse.Rendus chez eux, chez elle, ils sortent leurs outils : perçeuse, vrille, pince qui feront d’eux prince et princesse.


D’abord le nez. On pleure la première fois, de joie. Un si joli trou, diamanté, qu’on veut à tout prix balancer pour paraître équilibré, pas trop près du bord, pour pas gêner les mouchoirs de papier.
Un peu de recul :« Hey chérie, c’est-y assez beau ça ? » « Oh ya ! Viens que j’te bécote ton riche nez ».
« C’t’a ton tour la p’tite. Deux étoiles sur le sourcil gauche, centrées, ça fait astral, beau comme le ciel. Attends que j’fouille dans l’sac… Surprise. Ouvre ta bouche mon minou, tire la langue, pas trop. Un p’tit trou et voilà installé le gros morceau émeraude qui brille de mille feux. J’sors le vocabulaire de mon prof. Ah… tire la langue encore : t’es une beauté rare ma chatte. »
« Gros chum de mon cœur, t’as pas fini d’en voir de toutes les couleurs. Ferme tes yeux, aie pas peur du bruit de moteur. On sera deux beautés rares… Regarde-toi dans le miroir mon chou. »« Wow ! C’est comme si t’avait tracé des sillons d’amour avec ton rasoir dans mes cheveux. Comme une caresse permanente en zigzag. »


« Attends attends. Il reste de qui dans le sac. Une chaîne de six anneaux que j’veux planquer le long de tes sillons, juste ma chouette. T’es un bijou, chus un bijou. C’est d’valeur qu’on ait pas filmé ça. »
« Attends donc, énervé. Faut finir ça en arc-en-ciel. J’avais caché d’la teinture pour qu’on s’éclate : mauve, orange, violet. Laisse-moi t’jouer dans les cheveux pis après ce s’ra ton tour.!
Pour finir, les ongles, à chacun sa couleur. Quand tout fut sec et bien vissé, tous deux sortirent tête haute, uniques… La bijoutorama avait fait une vente extrême : des uniques, y en avait partout : pharmacies, supermarchés, studios d’art, tout le monde décoré, tout feu toute extase. Quand ils clignaient de l’œil, ça faisait un bruit d’enfer. Quand il pleuvait, c’était eux les carcasses de parapluie. Quand arrivait la nuit, ils scintillaient d’un soleil métallique.


Les sans trous ni diamants dans le nez, les oreilles, les sourcils, les orteils faisaient bande à part et devinrent les uniques, mis à part, sans cliquetis : de leurs yeux on voyait la lumière.Quand on brille du dedans, on laisse les bijoux aux femmes, comme elles savaient si bien où les mettre dans l’antiquité. C’est comme ça que les hommes les aiment, c’est comme ça qu’ils les aimeront… toujours.